La Présidente et la Vice-Présidente rencontrent les sœurs en Ethiopie

Le témoignage de Mère Abrehet, Ursuline et supérieure locale en Ethiopie

 

« Loué soit le Seigneur :

Il est beau de chanter à notre Dieu,

Il est doux de le louer comme cela lui convient.

(PS 147, 1)

 


Le 6 novembre 2019, Valeria Broll, la nouvelle présidente de la Compagnie de Sainte-Ursule Institut Séculier de Sainte Angèle Mérici, arrive en Ethiopie avec l’ancienne présidente Maria Rosa Razza, d’Italie.

Nous les avons accueillies avec joie et fraternité à Addis Abeba-Bole dans la communauté « Regina Pacis », siège de notre délégation.

Dans les jours qui ont suivi, le groupe des Angelines a rencontré ses responsables dans le hall de la maison de notre délégation. Freweini, une jeune Angeline d’Erythrée, venue d’Asmara et qui est ici avec nous ces jours-ci pour des raisons de santé, a également pu être avec elles.

Selon le groupe, ce furent de très beaux jours de croissance et elles ont trouvé une aide précieuse pour vivre leur Consécration avec fidélité et profondeur au milieu du monde.

Parmi le groupe se trouvait Tiblez Kahsay, une compagne qui se préparait à se consacrer à Dieu.

Le 9 novembre 2019, à 10 heures, dans la chapelle de la délégation, le rite de la Consécration à vie de Tiblez Kahsay s’est déroulé au cours de la célébration eucharistique présidée par Abba Bazezezew, supérieur des Pères cisterciens.

Les Angelines et un bon nombre d’Ursulines des communautés de Bole, Gerji et Shola étaient présentes pour animer la liturgie avec des chants.

Dans son homélie, le célébrant a parlé de manière très profonde et pratique de la vie consacrée, et en particulier des trois vœux. Il a dit entre autre :

« Dieu a choisi chacun d’entre nous par pure gratuité, sans aucun mérite de notre part. Si notre vie n’est pas fondée sur le rocher ferme qu’est le Christ, qui nous fait rester au couvent, prononcer les trois vœux, s’il n’y a pas la vie ? Quelle est la valeur de mes études, de mon diplôme, de mon grade, si je ne vis pas une union profonde avec le Christ ? Nous sommes appelés à être saints et à sanctifier les autres par une prière intense et un témoignage de vie ».

Après le sermon, Tiblez prononça son « Oui » pour la vie, à Dieu, et apposa sa signature à l’autel.

Suor Abrehet Kahsay

Ethiopie : le groupe des Ursulines séculières

Le groupe d’Ethiopie est né en septembre 1985, grâce à l’intérêt du Père Stefano Kidane, supérieur des moines cisterciens de Mendida.

Le Père Stefano venait de rentrer d’Italie pour une conférence de son Institut et à la Certosa de Pavie il avait rencontré une fille de Sainte Angèle qui y était en service : M. Santina Fiorani de la Compagnie de Pavie.

De Santina, le Père Stefano reçoit la Règle de Sainte Angèle Mérici qu’il emmènera en Ethiopie et, plus tard, en Erythrée.

Quand il arriva à Mendida, il voulut immédiatement rencontrer Maddalena Zergaw pour lui dire que, selon lui, la Règle était tout à fait adaptée à son cas et qu’il serait content si elle faisait partie de la Compagnie.

Maddalena, après lui avoir longuement parlé, comprend de plus en plus que le chemin de Sainte Angèle serait le sien. Elle sera la première fille séculière de Sainte Angèle en Afrique.

Elle traduisit bientôt la Règle de Sainte Angèle en amharique, la langue de l’Ethiopie. Elle a été imprimée et distribuée à quelques personnes qui voulaient déjà s’engager dans cette voie.

Le groupe, né avec Magdalena à Mendida, a été suivi par la Fédération des Compagnies de Sainte Ursule, Institut Séculier de Sainte Angèle Merici. Au fil des ans, plusieurs femmes (jusqu’à une douzaine)  la majorité d’Addis-Abeba. Malheureusement, la distance qui les séparait et un certain manque d’organisation des rencontres et de formation, quelques deuils précoces… n’ont pas permis au groupe de grandir et de se renouveler.

Cependant, la grande spiritualité de Magdalena, avec sa santé toujours précaire, le désir de Hanna d’agir, la bonne volonté des autres participantes, les visites et les diverses rencontres de formation répétées au cours des années avec les présidentes qui se sont succédées (Moser, Dalmasso, Razza, Broll) et quelques conseillières de la Fédération…il a été possible de garder ce groupe. En effet, cette année

(novembre 2019) une consécration pour la vie a été accueillie. Il y a actuel

lement 6 compagnes

Il faut dire que c’est un miracle du Seigneur si ce groupe persiste, malgré la pauvreté des ressources et des gens. Il le veut et Sainte Angèle l’accompagne.

Un remerciement particulier va aux Pères cisterciens qui, dans leurs supérieurs, ont toujours suivi et accompagné le groupe ; aux Sœurs de la Providence (Mgr F. Torta) Mendida-Debre Berhan (qui ont accueilli les Italiennes dans leur séjour à Mendide) et surtout aux Soeurs Ursulines de Gandino. Dès le début, les Ursulines ont accueilli les responsables de la Fédération à Addis-Abeba comme des sœurs très chères, avec beaucoup d’affection et un partage total.

Nous avons une Mère commune, Sainte Angèle, et l’unité est notre force et notre espoir, y compris pour l’avenir des Ursulines séculières d’Ethiopie.

Nous croyons en la promesse de sainte Angèle : « La Compagnie durera aussi longtemps que durera le monde »!

Mgr Zito est retourné à la maison du Père

Aujourd’hui, 8 octobre, le Vice-assistant du Conseil de la Fédération, Mgr Gaetano Zito, est retourné à la maison du Père. Nous l’accompagnons de nos prières et de nos remerciements pour tout ce qu’il a fait pour nous.


 » Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, comme il a plu au Seigneur, ainsi c’est arrivé « .

Souvenez-vous de lui comme vous le voulez…. comme un « grand homme de culture », un « savant de renom », un intellectuel de culture très solide, un « excellent historien » … il était tout cela et même plus encore. Mais pour moi, il a toujours été un vrai père, un ange que notre Seigneur, dans son infinie miséricorde, a mis sur mon chemin. Non… Je suis sûre que devant le Seigneur tous les beaux titres que nous, les hommes, nous revendiquons tant de posséder, ne valent pas la peine ! Parce qu’à la fin, tout passe… N’est-ce pas ? L’amour demeure ! L’amour et la passion avec lesquels nous vivons. La grande et vaste culture qui lui est attribuée n’est pas restée en lui quelque chose de purement intellectuel ou d’abstrait, mais avec une intelligence admirable, il a réussi à l’appliquer dans ses gestes quotidiens. La grande connaissance qu’il possédait ne servait qu’à démontrer le caractère concret des réalités célestes. Le tout agrémenté d’un grand sens de l’humour et d’une grande charité. Pour moi, il sera toujours un grand homme de Dieu. Un saint prêtre. Un simple père. Un ange discret….

Une compagne de Catane

Le pape François à Madagascar

Nous partageons avec joie l’histoire d’une de nos soeurs de Madagascar qui a participé aux moments organisés à l’occasion de la visite du pape François lors de son 31e voyage apostolique.

Mozambique 6 – 10 septembre 2019

C’était avec grande joie et ferveur que les malgaches ont accueilli le Pape François. Il y avait environ un million de personnes venant de tous les diocèses de l’ile pour la célébration eucharistique du dimanche 8 septembre à Antananarivo.
C’est la deuxième fois dans l’histoire que le Saint-Père est venu à Madagascar. Pape Jean Paul II a fait son voyage apostolique, il y a 30 ans, pour la béatification d’une femme laïque, Victoire RASOAMANARIVO. J’ai eu la grâce et la chance de rencontrer ces 2 Papes dans notre île et j’en remercie le Seigneur.

« SEMEUR DE PAIX ET D’ESPERANCE » est le thème de cette visite apostolique du Pape François à Madagascar. Dès qu’on savait que le Saint-Père viendrait nous visiter, vers le début de cette année, la Conférence Episcopale de Madagascar a invité tous les fidèles de l’église catholique à prier chaque jour pour cette intention.
Le Pape a eu diverses rencontres: avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique; les évêques ; les prêtres et les personnes consacrées; les jeunes et les travailleurs de la Ville de l’Amitié AKAMASOA.

Dans tous ses discours et son homélie, on voit et on sent que le Pape est un « Père » pour nous malgaches, il nous connait, il connait notre vie, notre vie quotidienne et celle de l’église, nos richesses et nos pauvretés … Ses messages et ses réflexions sont tous bien fondés pour construire et semer la Paix et l’Espérance en nous, dans notre famille, dans notre île et partout où nous sommes.

Le message du Saint-Père est basé sur trois points essentiels :

  1. Le « Fihavanana » « évoquant l’esprit de partage, d’entraide et de solidarité », qui est une Valeur fondamentale de notre culture malgache, inscrite même dans la Constitution de notre République de Madagascar. « Cela comprend également l’importance des liens familiaux, de l’amitié, et de la bienveillance entre les hommes et envers la nature. Ainsi se révèlent “l’âme” du peuple et ces traits particuliers qui le distinguent, le constituent et lui permettent de résister avec courage et abnégation aux multiples contrariétés et aux difficultés auxquelles il est confronté quotidiennement ». A plusieurs reprises, le Pape nous invite à vivre la fraternité qui valorise toujours le fihavanana, en favorisant le développement humain intégral, afin que personne ne soit exclu.
  1. Le respect de la nature: « Laudato sii » pour la beauté et la richesse naturelle de Madagascar en biodiversité végétale et animale. Le Pape nous invite à respecter et à protéger l’environnement. Notre pays souffre de la déforestation, des feux de forêt, de la coupe effrénée de bois précieux, des exportations illégales aux profit d’une minorité qui nuisent au développement du Pays et à l’épanouissement de l’homme. »Il ne peut pas y avoir de véritable approche écologique ni un travail concret de sauvegarde de l’environnement sans l’intégration d’une justice sociale qui accorde le droit à la destination commune des biens de la terre aux générations actuelles, mais également futures. »
  2. La lutte contre la corruption: Le Pape nous encourage à lutter avec force et détermination contre toutes formes endémiques de corruption, sources de l’inégalité sociale et de pauvreté inhumaine du pays. D’où la nécessité d’une participation active de chacun et de nous tous dans la vie de l’église et dans la vie sociale. « Il est donc important de créer des emplois et des activités génératrices de revenus qui respectent l’environnement et aident les personnes à sortir de la pauvreté. »

Voir le Pape toujours souriant et admirant tous ces gens qui étaient venus pour lui est un message d’espérance pour nous.  Il nous donne une grande joie et une force pour vivre la Foi.  Il nous encourage à vivre le « Fihavanana » et à aimer les pauvres.

  • Aux personnes consacrées, le Pape nous demande de rester toujours dans le cœur du Seigneur et dans le cœur du peuple. Et malgré nos misères et nos faiblesses, nous nous engageons de tout notre être dans la grande mission d’évangélisation.
  • Aux jeunes, le Pape a donné un message d’espérance, qu’ « Avec Jésus, il y a toujours de nouveaux horizons. Il veut tous nous transformer et faire de notre vie une mission. Mais il nous demande une chose : il nous demande de ne pas avoir peur de nous salir les mains ».

Ensemble avec le pape, soyons des semeurs de la foi, de l’espérance et de la paix sans jamais se décourager malgré les difficultés et la fatigue.

Je remercie le Seigneur et avec le Pape je prie pour notre pays « Soyons des semeurs de la foi, de la paix et de l’espérance dans cette terre. Que la lumière de l’espérance ne s’éteigne et que la Sainte Vierge nous accompagne et nous protège » .

 Voahangy

Journées de formation et de spiritualité à Brescia

Une soixantaine de responsables (directrices, vice-directrices et conseillères) se sont réunies à Brescia, à la Casa Sainte Angèle, du 25 au 27 avril 2019, « pour progresser ensemble dans le cheminement formatif et spirituel ».

Les participants ont fait l’expérience de ce que la Présidente avait suggéré : « Unies ensemble,  nous avons partagé la grâce de la présence du Seigneur parmi nous, nous avons vécu la fraternité, nous avons trouvé soutien et aide pour vivre notre vocation et notre mission.  Nous rencontrer à Brescia, près de notre Mère, a été un grand don pour nous.

Claudia Ciotti, psychologue et psychothérapeute, nous a aidés à approfondir le thème : « Le courage du discernement personnel et communautaire, pour un chemin de fidélité au charisme ».

Le premier jour, elle a présenté le discernement communautaire : entre réalité spirituelle et dimension psychologique.

Elle a insisté sur le mot « courage » parce qu’il ne faut pas s’effrayer de l’effort que comporte tout discernement, communautaire et personnel, mais nous faire prendre conscience que nous ne pouvons penser arriver au bien absolu : ce serait une illusion qui nous bloque ! Il faut être réaliste.

L’objectif, cependant, est toujours  de se mettre à l’écoute de l’Esprit.

La projection d’une partie du film « Des hommes et des dieux » sur ce sujet et le travail de groupe nous ont permis ensuite de concrétiser dans notre vie  ce que nous avions vu et entendu .

Le deuxième jour, nous avons été amenées à  réfléchir sur le discernement personnel. Un « cœur à l’écoute » est nécessaire, car c’est seulement ainsi que nous pouvons discerner la volonté de Dieu. Chacune a ensuite eu la possibilité d’avoir un temps personnel mais ausssi d’un moment de partage dans la salle.

Nous remercions le Dr Ciotti pour le précieux chemin qu’elle nous a offert et que nous pouvons résumer ainsi : le discernement  » est la condition de vie du chrétien qui sait rester dans la tension du chemin vers le Royaume de Dieu, habitant la terre et vivant de foi « .

Le troisième jour nous a permis d’approfondir notre compréhension des ajouts aux Constitutions à travers le rapport de la Présidente (une copie a été envoyée aux directrices absentes) et de poser quelques questions concernant ces changements demandés par le Saint Siège. Chacune a reçu une copie du texte.

Chaque participante est rentrée chez elle enrichie …. à plusieurs niveaux. Nous remercions toutes les personnes qui ont contribué à la réalisation de ce projet.

Rapport de Mary-Cabrini

Nous proposons la réflexion de Mary-Cabrini Durkin à l’occasion de la Conférence internationale d’études du 23 au 25 novembre 2018 à Brescia.

Titre: La fédération internationale

Panama: le pape François aux religieux

Depuis le Panama, la messe présidée par François en présence de prêtres, de personnes consacrées et de mouvements de laïcs dans la cathédrale Basilique Santa María La Antigua.


Tout d’abord, je veux me féliciter avec Monseigneur l’Archevêque, que pour la première fois, après presque sept ans, il a pu rencontrer son épouse, cette église, veuve provisoire pendant tout ce temps. Et me féliciter avec la veuve, qui aujourd’hui cesse d’être veuve, en rencontrant son époux. Je veux aussi remercier tous ceux qui ont rendu cela possible, les autorités et tout le peuple de Dieu, pour tout ce qu’ils ont fait pour que Monseigneur l’Archevêque puisse se retrouver avec son peuple, non pas dans une maison prêtée, mais dans sa maison. Merci !

Dans le programme était prévu que cette cérémonie, en raison du temps limité, ait deux significations : la consécration de l’autel et la rencontre avec les prêtres, les religieuses, les religieux et les laïcs consacrés. Aussi, ce que je dirai sera un peu dans cette ligne, en pensant aux prêtres, aux religieuses, aux religieux et aux laïcs consacrés, surtout à ceux qui travaillent dans cette Eglise particulière.

« Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi.Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » » (Jn 4,6-7).

L’évangile que nous avons écouté n’hésite pas à nous présenter Jésus fatigué de marcher. A midi, quand le soleil se fait sentir avec toute sa force et sa puissance, nous le trouvons près du puits. Il avait besoin d’apaiser et d’étancher sa soif, de vivre une étape, de récupérer des forces pour pouvoir continuer sa mission.

Les disciples ont vécu au premier plan ce que signifiaient le don et la disponibilité du Seigneur pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, panser les cœurs blessés, proclamer la libération des captifs et la liberté des prisonniers, consoler ceux qui étaient en deuil, proclamer l’année de grâce à tous (cf. Is 61,1-3). Ce sont toutes les situations qui te prennent la vie, te prennent l’énergie ; et ils « ne se sont pas ménagés » pour nous offrir tant de moments importants dans la vie du Maître, où notre humanité peut aussi trouver une parole de Vie.

Fatigué par la route

Il est relativement facile pour notre imagination, compulsivement productive, de contempler et d’entrer en communion avec l’activité du Seigneur, mais nous ne savons pas toujours, ou nous ne pouvons pas toujours contempler et accompagner les « fatigues du Seigneur », comme si elles n’étaient pas l’affaire de Dieu. Le Seigneur s’est fatigué et dans cette fatigue trouvent place tant de fatigues de nos populations et de notre peuple, de nos communautés et de tous ceux qui sont épuisés et accablés (cf. Mt 11,28).

Les causes et les motifs qui peuvent provoquer la fatigue du chemin en nous prêtres, personnes consacrées, membres des mouvements laïcs, sont multiples : depuis les longues heures de travail qui laissent peu de temps pour manger, se reposer, prier et être en famille, jusqu’aux conditions « nocives » de travail et d’affectivité qui conduisent à l’épuisement et brisent le cœur ; depuis le simple et quotidien don de soi jusqu’au poids routinier de celui qui ne trouve plus le goût, la reconnaissance ou la subsistance nécessaire pour faire face au jour le jour ; depuis les habituelles et prévisibles situations compliquées jusqu’aux stressantes et angoissantes heures de pression. Toute une gamme de poids à supporter.

Il serait impossible de vouloir couvrir toutes les situations qui brisent la vie des personnes consacrées, mais nous ressentons dans toutes ces situations la nécessité urgente de trouver un puits qui puisse soulager et étancher la soif et la fatigue du chemin. Toutes réclament, comme un cri silencieux, un puits d’où repartir à nouveau.

A ce sujet, depuis quelque temps, semble s’être souvent installée dans nos communautés une subtile espèce de fatigue, qui n’a rien à voir avec la fatigue du Seigneur. Et ici nous devons faire attention. Il s’agit d’une tentation que nous pourrions appeler la lassitude de l’espérance. Cette lassitude qui surgit quand – comme dans l’Evangile – le soleil tombe comme du plomb et rend les heures ennuyeuses, et qui le fait avec une intensité telle qu’elle ne permet pas d’avancer ni de regarder en avant. Comme si tout devenait confus. Je ne me réfère pas ici à la « certaine peine du cœur » (S. Jean-Paul II, Lett. enc. Redemptoris Mater, n. 17; cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n.287) de ceux qui « sont brisés » par le don, à la fin de la journée, et qui parviennent à exprimer un sourire serein et reconnaissant; mais à cette autre fatigue, celle qui naît face à l’avenir quand la réalité « gifle » et met en doute les forces, les moyens et la possibilité de la mission en ce monde tellement changeant et qui interroge.

C’est une lassitude paralysante. Elle naît du fait de regarder en avant et de ne pas savoir comment réagir face à l’intensité et à la perplexité des changements que, comme société, nous traversons. Ces changements semblent non seulement interroger nos formes d’expression et d’engagement, nos habitudes et nos attitudes face à la réalité, mais ils mettent en question, dans de nombreux cas, la possibilité même de la vie religieuse dans le monde d’aujourd’hui. Et même la rapidité de ces changements peut conduire à paralyser toute option et toute opinion et, ce qui a été significatif et important en d’autres temps semble maintenant ne plus avoir lieu d’être.

Sœurs et frères, la lassitude de l’espérance naît du constat d’une Eglise blessée par son péché et qui si souvent n’a pas su écouter tant de cris dans lesquels se cachait le cri du Maître : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27,46).

Et ainsi nous pouvons nous habituer à vivre avec une espérance fatiguée face à l’avenir incertain et inconnu, et cela laisse de la place pour que s’installe un pragmatisme gris dans le cœur de nos communautés. Tout semble apparemment avancer normalement, mais en réalité la foi s’épuise, se ruine. Communautés et prêtres déçus par la réalité que nous ne comprenons pas ou dont nous croyons qu’elle n’a plus de place pour notre proposition, nous pouvons donner le « droit de cité » à l’une des pires hérésies possibles de notre époque : penser que le Seigneur et nos communautés n’ont plus rien à dire et à apporter à ce monde nouveau qui est en gestation (cf. Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n.83). Et puis il arrive que ce qui un jour a surgi pour être le sel et la lumière du monde finisse par offrir sa pire version.

Donne-moi à boire

Les fatigues du chemin arrivent et se font sentir. Que cela plaise ou non, elles sont, et c’est bon d’avoir le même courage que celui qu’a eu le Maître pour dire : « donne-moi à boire ». Comme cela est arrivé à la Samaritaine et peut nous arriver, à chacun de nous, nous ne voulons pas apaiser la soif avec une eau quelconque mais avec « la source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4,14). Nous savons, comme le savait bien la Samaritaine qui portait depuis des années des cruches vides d’amours ratés, que n’importe quelle parole ne peut pas aider à récupérer les forces et la prophétie dans la mission. Aucune nouveauté, aussi séduisante qu’elle puisse paraître, ne peut apaiser la soif. Nous savons, comme elle le savait bien, que le savoir religieux, la justification d’options déterminées et de traditions passées ou de nouveautés présentes, ne nous rendent pas non plus toujours féconds, ni ne font de nous de passionnés « adorateurs en esprit et en vérité » (Jn 4,23).

« Donne-moi à boire », c’est ce que demande le Seigneur et ce qu’il nous demande de dire. En le disant, nous ouvrons la porte à notre espérance fatiguée pour revenir sans peur au puits fondateur du premier amour, quand Jésus est passé sur notre chemin, il nous a regardés avec miséricorde, il nous a choisis et nous a demandé de le suivre ; en le disant, nous retrouvons la mémoire de ce moment où son regard a croisé le nôtre, ce moment où il nous a fait sentir qu’il nous aimait, qu’il m’aimait, et non seulement de manière personnelle, également comme communauté (cf. Homélie de la Vigile pascale, 19 avril 2014). Pouvoir dire « donne-moi à boire » signifie revenir sur nos pas et, dans la fidélité créative, écouter comment l’Esprit n’a pas engendré une œuvre ponctuelle, un plan pastoral ou une structure à organiser mais comment, par le moyen de tant de « saints de la porte d’à côté » – parmi ceux-là nous trouvons des pères et des mères fondateurs d’instituts séculiers, des évêques, des curés qui ont su donner des bases solides à leurs communautés –, à travers ces saints de la porte d’à côté il a donné vie et oxygène à un contexte historique déterminé qui semblait étouffer et écraser toute espérance et toute dignité.

« Donne-moi à boire » signifie encourager à laisser purifier et sauver la part la plus authentique de nos charismes fondateurs – qui ne se réduisent pas seulement à la vie religieuse mais qui concernent toute l’Église – et voir comment ils peuvent être exprimés aujourd’hui. Il s’agit non seulement de regarder le passé avec reconnaissance mais aussi de rechercher les racines de son inspiration et de les laisser résonner à nouveau, avec force parmi nous (cf. Pape François – Fernando Prado, La force de la vocation, p. 43).

« Donne-moi à boire » signifie reconnaître que nous avons besoin que l’Esprit nous transforme en femmes et en hommes qui se souviennent d’une rencontre et d’un passage, le passage salvifique de Dieu. Et confiants que, comme il l’a fait hier, ainsi il continuera de le faire demain : « aller à la racine nous aide, sans aucun doute, à bien vivre le présent, et à le vivre sans avoir peur. Il faut vivre sans peur, en répondant à la vie avec la passion d’être engagés dans l’Histoire, impliqués. C’est une passion amoureuse, […] » (cf. Ibid., p. 45).

L’espérance fatiguée sera guérie et jouira de cette « certaine peine du cœur », à partir du moment où l’on n’a pas peur de revenir au premier amour et de réussir à trouver, dans les périphéries et les défis qui aujourd’hui se présentent à nous, le même chant, le même regard qui ont suscité le chant et le regard de nos ainés. Ainsi nous éviterons le risque de partir de nous-mêmes et nous abandonnerons l’épuisant auto-apitoiement pour trouver le regard avec lequel le Christ aujourd’hui continue de nous chercher, continue de nous regarder, continue de nous appeler et de nous inviter à la mission, comme il l’a fait en cette première rencontre, la rencontre du premier amour.

* * *

Et cela ne me semble pas être un évènement mineur que la réouverture des portes de cette Cathédrale après une longue période de rénovation. Elle a connu le passage des années, comme témoin fidèle de l’histoire de ce peuple, et avec l’aide et le travail de beaucoup, elle a voulu offrir à nouveau sa beauté. Plus qu’une restauration classique, qui souvent essaie de revenir au passé original, on a cherché à rendre la beauté des années, en étant ouvert à l’accueil de toute la nouveauté que le présent pouvait lui offrir. Une Cathédrale espagnole, indienne et afro-américaine devient ainsi une Cathédrale panaméenne, de ceux qui hier mais également de ceux qui aujourd’hui ont rendu possible ce fait. Elle n’appartient plus seulement au passé, mais elle est la beauté du présent.

Et aujourd’hui de nouveau c’est un tournant qui conduit à renouveler et à alimenter l’espérance, à découvrir comment la beauté d’hier devient un fondement pour construire la beauté de demain.

Ainsi agit le Seigneur. Pas de lassitude de l’espérance ; oui à la fatigue particulière du cœur de celui qui poursuit chaque jour ce qui lui a été confié dans le regard du premier amour.

Frères et sœurs, ne nous laissons pas voler l’espérance dont nous avons hérité, la beauté que nous avons héritée de nos pères ! Qu’elles soient la racine vivante, la racine féconde qui nous aide à continuer à rendre belle et prophétique l’histoire du salut sur ces terres.


Trois points de réflexion « vocationnelle »

à partir du « document final du Synode des Évêques :

« Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel »

  1. Le chapitre II de la deuxième partie du document porte le titre: « Le Mystère de la Vocation.

Son premier numéro, le numéro 77, a pour thème: « la recherche de la vocation. Vocation, Voyage et découverte” et il s’exprime ainsi : » Le récit de l’appel de Samuel (cf. 1 Sam 3,1-21) permet de saisir les éléments fondamentaux du discernement: l’écoute et la reconnaissance de l’initiative divine, une expérience personnelle, une compréhension progressive, un accompagnement patient et respectueux du mystère en acte, une visée communautaire. La vocation ne s’impose pas à Samuel comme un destin à subir; c’est une proposition d’amour, un envoi missionnaire dans une histoire de confiance quotidienne réciproque.

Comme pour le jeune Samuel, pour tout homme et toute femme, la vocation, bien qu’ayant des moments forts et privilégiés, requiert un long voyage. La Parole du Seigneur exige du temps pour être comprise et interprétée; la mission à laquelle elle appelle se révèle progressivement. Les jeunes sont fascinés par l’aventure de la découverte progressive de soi. Ils apprennent volontiers à partir des activités qu’ils pratiquent, à partir des rencontres et des relations, en se mettant à l’épreuve au quotidien. Mais ils ont besoin d’être aidés à faire l’unité de ces diverses expériences et à les lire dans une perspective de foi, afin d’éviter le risque de la dispersion et pour reconnaître les signes par lesquels Dieu parle. Dans la découverte de la vocation, tout n’est pas tout de suite clair, car la foi « voit » dans la mesure où l’on marche, où l’on entre dans l’espace ouvert par la Parole de Dieu (FRANÇOIS, Lumen fidei, 9) ».

 Les passages personnels et les critères pour accompagner le « long parcours vocationnel » sont intéressants : écoute, reconnaissance de l’initiative divine, expérience personnelle, compréhension progressive, accompagnement patient et respectueux du mystère en acte, visée communautaire « . Il s’agit d’accompagner une personne pour qu’elle arrive à accepter une proposition d’amour, un envoi en mission dans une histoire quotidienne de confiance mutuelle dans le Seigneur, mais aussi dans la communauté dans laquelle elle décide de se consacrer au Seigneur lui-même, en partageant la mission et le charisme de cette même communauté à laquelle elle décide d’appartenir. Le rôle de l’accompagnateur au discernement est intéressant : « Il faut les aider à faire l’unité de ces diverses expériences et à les lire dans une perspective de foi, afin d’éviter le risque de la dispersion et pour reconnaître les signes par lesquels Dieu parle. Dans la découverte de la vocation, tout n’est pas tout de suite clair, car la foi «voit» dans la mesure où l’on marche, où l’on entre dans l’espace ouvert par la Parole de Dieu « .

  1. Le numéro 80 a pour thème : Pour une culture vocationnelle.

Il est écrit « Parler de l’existence humaine en termes de vocation permet de mettre en évidence certains éléments qui sont très importants pour la croissance d’un jeune: cela exclut ainsi que l’existence soit déterminée par le destin ou qu’elle soit le fruit du hasard, de même qu’elle n’est pas un bien privé que l’on peut gérer soi-même. Si, dans le premier cas, il n’y a pas de vocation parce qu’il n’y a pas de reconnaissance d’une destination digne de l’existence, dans le second cas un être humain considéré « sans liens » s’avère être « sans vocation ». Voilà pourquoi il est important de créer les conditions pour que, dans toutes les communautés chrétiennes, à partir de la conscience baptismale de leurs membres, se développe une véritable culture vocationnelle et un engagement constant de prière pour les vocations. »

Les deux aspects dans lesquels une prise de conscience vocationnelle peut mûrir sont intéressants. Il n’y a pas de vocation authentique quand elle est perçue comme « déterminée par le destin ou qu’elle soit le fruit du hasard » il y a tout d’abord conscience vocationnelle lorsqu’«il y a reconnaissance d’une destination digne de l’existence». Donc, pas un choix résigné car il n’y a pas d’autre issue, mais une destination de choix dans laquelle investir sa vie. Deuxièmement, il n’y a pas de vocation si l’on considère que son appel est «un bien privé que l’on peut gérer soi-même», à vivre «sans liens». C’est

comme si on cherchait correctement et authentiquement une recherche vocationnelle en essayant de comprendre le plan du Seigneur, où et comment il peut rendre la vie digne, où et avec qui partager sa mission. Le texte parle de la vie de l’appelé « pas comme un bien à gérer soi-même et à vivre sans liens ».

  1. Enfin, je reprends le numéro 88 qui a pour thème: « La vie consacrée ».

Nous lisons: « Le don de la vie consacrée que l’Esprit suscite dans l’Église sous sa forme aussi bien active que contemplative, revêt une valeur prophétique particulière dans la mesure où elle constitue un témoignage joyeux de la gratuité de l’amour. Quand les communautés religieuses et les nouvelles fondations vivent authentiquement la fraternité, elles deviennent des écoles de communion, des centres de prière et de contemplation, des lieux de témoignage du dialogue intergénérationnel et interculturel et des espaces pour l’évangélisation et la charité. La mission de nombreuses personnes consacrées, hommes et femmes, qui prennent soin des plus petits dans les périphéries du monde manifeste concrètement le dévouement d’une « Eglise en sortie ». Si, dans certaines régions, elle subit une réduction numérique et la fatigue du vieillissement, la vie consacrée continue aussi d’être féconde et créative à travers la coresponsabilité avec des laïcs qui partagent l’esprit et la mission des différents charismes … »

Toute forme de consécration est un joyeux témoignage de la gratuité de l’amour. Ce témoignage est prophétique car il annonce parmi les hommes le sens divin de la vie, en tant que manifestation de Dieu amour et source de l’amour. Il est donc important de souligner que la fraternité des membres de la communauté devient une école de communion, de prière, de dialogue entre différents âges et cultures et de charité. Chaque communauté de consacrées, même séculières, devrait inclure dans sa mission  » de prendre soin des plus petits dans les périphéries du monde ». Ce numéro se termine par une affirmation qui devrait raviver le besoin de prier et de travailler pour que les vocations à la vie consacrée ne manquent pas: «L’Eglise et le monde ne peuvent se passer de ce don vocationnel qui constitue une grande ressource pour notre temps. »

Noël 2018

Nos meilleurs vœux à tous pour un Joyeux Noël et une année 2019 de paix.


Heureusement que Tu viens, Seigneur.
Tu ne te lasses pas de venir
au milieu de nous,
de chercher l’hospitalité
dans notre cœur. 

Et nous, comme les foules
d’il y a deux mille ans,
nous venons te présenter
nos blessures,
nos plaies,
notre cœur
dont le rayon d’amour
a tendance à diminuer. 

Heureusement queTu reviens
dans notre monde
plein de contradictions,
où les mots luttent
pour trouver le chemin de la sincérité,
où le comportement personnel et
communautaire s’écarte, souvent,
de la cohérence avec sa propre foi.

Heureusement queTu ne te fatigues pas, Seigneur,
de nous inviter à ouvrir
de nouvelles routes, où il y a de l’espace et du temps
pour être ou redevenir humain:
des gens qui ne se laissent pas habiter
par la haine, qui n’alimentent pas la peur,
qui ne méprisent pas la pensée,
l’histoire et la vie des autres.

Heureusement que Tu continues
à répéter le geste généreux
du semeur et Tu n’arrêtes pas
de répandre des semences de bonté,
de vérité, de beauté
dans notre vie, dans notre famille,
dans notre Eglise, dans le monde.

Et alors, en levant les yeux,
nous pouvons encore apercevoir
tous ceux qui jettent des ponts,
tous ceux qui refusent
d’élever des barrières,
tous ceux qui aiment
construire des murs.

Ton retour est une grâce, Seigneur.
Nous en avons besoin
pour nous arrêter, pour réfléchir,
pour recentrer notre vie.
Nous voulons nous entendre redire
que nous avons besoin
des paroles qui guérissent, non pas qui blessent;
des yeux d’où transpire l’amour,
pas le mal;
des mains qui caressent,
pas qui frappent;
des pas qui nous portent vers l’autre,
non pas qui nous en éloignent.

Nous pourrions nous donner et donner comme cadeaux
un Noël comme ça!
Que ta venue parmi les hommes
nous aide  à rester humain.
(p Renzo Mandirola – SMA)

En chemin vers la saintetè

A Padova nei giorni scorsi si è chiuso il processo diocesano per la causa di beatificazione della consorella MARIA BORGATO,  morta nel campo di concentramento femminile di Ravensbrück, poco lontano da Berlino. Faceva parte della catena di solidarietà del francescano padre Placido Cortese, anche lui arrestato e ucciso per aver cercato di mettere in pratica quanto insegna il Vangelo.

Alla presenza del Vescovo Mons. Claudio Cipolla ha prestato giuramento il postulatore della causa, Mons. Giuseppe Magrin, già assistente della Compagnia di Padova. Ora tutta la documentazione passa a Roma, in Vaticano.

Chiediamo a Maria Borgato che dal Cielo guardi le nostre Compagnie e le faccia fiorire di gesti di bontà e di altruismo, come ha fatto lei nel suo quotidiano.

Una consorella presente alla cerimonia così commenta:

“ … La figura di Maria è stata resa quasi palpabile dagli interventi delle autorità che via via hanno preso la parola. Ognuno ha sottolineato con sfumature diverse la straordinaria fortezza di questa donna semplice che con tanta umiltà e coraggio ha saputo testimoniare il suo appartenere a Dio e il suo amore verso i fratelli. In modo silenzioso e senza ostentazioni, Maria ha fatto della sua vita un dono fino in fondo. Lei ha vissuto sulla sua pelle la spogliazione e l’annientamento della propria dignità, senza temere la persecuzione e la morte, pur di salvare la vita degli altri.
Mentre i vari attori del processo apponevano le loro ultime firme ai verbali che poi venivano inseriti nelle relative scatole per essere trasportati a Roma, ho pensato a quante prove materiali e argomentazioni razionali siano necessarie per dimostrare la santità di una persona, quella santità che la storia locale le ha già riconosciuto da tempo e che nessun contenitore può accogliere in pienezza, perché essa è qualcosa che va oltre le nostre categorie e si innesta tra le pieghe più segrete del cuore umano.

Siamo grate a Dio e alla nostra sorella Maria per il dono della sua vita e della sua testimonianza.  Il suo esempio ci sia di aiuto nell’affrontare con amore e coraggio le prove che la vita di tutti i giorni ci presenta a livello ora personale ora sociale, sicure che Dio e la nostra madre Sant’ Angela non ci lasceranno sole”.

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